4 Juin 2018 par

Elle fait polémique depuis quelques années, l’obsolescence programmée devient la bête à cornes des écologistes. Chaque année, en France, 40 millions d’équipements en tous genres tombent en panne et ne sont pas réparés. De plus en plus d’associations dénoncent cette pratique frauduleuse de la part des constructeurs et fabricants. Dans l’ère du jetable et du matérialisme, il semblerait que l’obsolescence programmée se soit installée partout dans nos foyers et habitudes…

Qu’est-ce que l’obsolescence programmée et pourquoi est-elle utilisée ?

En 1932, Bernard London, riche agent immobilier new-yorkais, avait proclamé qu’il était regrettable que les consommateurs utilisent un objet jusqu’à son usure totale. Selon lui, les foyers devraient restituer les outils ou produits avant qu’ils ne deviennent obsolètes, car cela permettrait de refaire tourner l’économie. Nul ne sait si London était le créateur de l’obsolescence programmée ou simplement celui qui a soumis l’idée à d’autres. Mais depuis des années, les fabricants en tous genres ont pu développer des techniques visant à raccourcir délibérément la durée de vie des appareils qu’ils produisent, bien avant leur usure matérielle normale. Au-delà de cela, sont aussi concernés les produits ne pouvant pas évoluer et pour lesquels le consommateur est obligé d’acheter la version supérieure (téléphones portables par exemple), ou les produits présentant un défaut délibéré (pièces faibles ou à la durée de vie courte…).

Pourquoi programmer un appareil à devenir obsolète ? Tout simplement pour que le consommateur en achète un nouveau. En effet, avoir un appareil dernier cri permet à certaines personnes d’avoir une identité, même si celle-ci n’est qu’une apparence. Cela se remarque surtout auprès des adolescents avides d’appareils électroniques de dernier cri (téléphones, consoles, PC, etc.). D’autre part, le coût de réparation est souvent égal, voire même supérieur, à celui d’un appareil neuf. Ainsi, les entreprises produisent plus, afin d’augmenter leurs bénéfices, tout en réduisant les efforts du service après-vente.

 

La prise de conscience du public

Qui n’a jamais eu un appareil qui, du jour au lendemain, a montré des faiblesses manifestes et ce, quelques jours après la fin de garantie ? De même, acheter un téléphone portable qui fonctionne parfaitement bien, mais qui ne dispose pas des dernières fonctionnalités que celui à venir, en dépit des mises à jour, contraindra les consommateurs à en vouloir toujours plus et donc : acheter. Ainsi, ampoules, automobiles, imprimantes, ordinateurs, téléphones, bas nylons, électroménager, etc., rien ou presque n’échappe aux griffes de l’obsolescence programmée. De nombreuses personnes, à commencer par des associations de consommateurs, ont mené un combat contre ce phénomène. Et il semble avoir été entendu par l’État français qui, en juillet 2015, a considéré l’obsolescence programmée comme étant un délit à part entière. Celui-ci est désormais puni par la loi.

 

Les conséquences d’une telle pratique ont des répercussions sur le monde entier

Et en premier lieu, cela a inquiété les écologistes. En effet, de la cartouche d’encre au frigo, la fabrication de ces appareils nécessite des ressources naturelles exponentielles. D’autre part, le déclin des microentreprises ou de PME de réparations engendre une hausse du chômage non négligeable. Cela n’est que la partie visible de l’iceberg. Car, de nombreuses tonnes de plastiques ou matériaux non recyclables s’entassent dans les décharges publiques. Les déchets informatiques ne peuvent être stockés en vue d’un recyclage digne de ce nom. Cesdits produits sont alors exportés vers des pays en forte demande, comme l’Afrique, qui devient depuis quelque temps, la déchetterie des pays occidentaux. Cela occasionne des nuisances de taille, notamment la pollution des minces ressources en eau potable de certains pays pauvres.

 

Et pour l’avenir ?

En 2017, l’association Halte à l’obsolescence programmée a déposé la toute première plainte contre les entreprises fabricantes d’imprimantes. De nombreuses associations demandent un gage de garantie décennale sur les équipements, s’étendant par vagues sur divers produits. Mais cela ne semble pas vraiment aboutir pour le moment… Nicolas Hulot, propose un programme intitulé l’économie de fonctionnalité. Cela consiste à remplacer l’achat et la possession d’un objet par la location d’un service correspondant. Autrement dit, le consommateur n’est plus propriétaire, contraignant les entreprises à proposer des produits de qualité et facilement réparables.

L’obsolescence programmée est également utilisée par les sociologues pour le monde de l’entreprise. En effet, la rotation du personnel et l’usure que subissent volontairement les employés, jusqu’à les étouffer par le stress, sont pour les spécialistes, une forme de durée de vie programmée au sein de l’entreprise…

 

Publié dans: Mode de vie
Simon Fourticq
Cela me rend dingue !
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  • Juin 4, 2018